01 avril 2011
Mater les marchés, c'est possible
La Grèce a encore droit aux honneurs (on devrait dire les horreurs) des marchés. L'agence Moody's a une nouvelle fois dégradé la note de sa dette, qui se retrouve quelque part au niveau de celle de la Bolivie. Les banques, elles, demandent des taux d'intérêt ~ toujours plus élevés, synonymes de saignée pour le budget du pays.
Les Grecs, eux, n'en peuvent plus. Ils ont ramené le déficit de 15,4 % à 9,4 % du PIB, mais le taux de chômage approche les 14 %, et même 40 % pour les moins de 25 ans ! Pourtant, il est possible de défendre la Grèce.
Il suffit d'appliquer deux mesures que propose le Parlement européen.
- La première, produit des efforts de Pascal Canfin, député Europe Ecologie, consiste à interdire l'usage à des fins spéculatives des "crédit default swap" ou CDS (on appelle ainsi, sur les marchés financiers, les contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs) sur les dettes souveraines.
- La seconde, présentée par la députée grecque Annie Podimata, est la levée d'une taxe sur les transactions financières en Europe. Celle-ci rapporterait jusqu'à 200 milliards d'euros par an, soit largement de quoi prendre en charge les intérêts des dettes publiques grecques, irlandaises, portugaises, voire espagnoles.
Mater les marchés, faire payer les banques: c'est simple, c'est possible, et une majorité politique en Europe y est favorable. Alors?
Hervé Nathan
07:07 Écrit par Pataouete dans Républiques citoyennes | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : grèce, marché, manifestation
30 mars 2011
Les braves gens n'aiment pas qu
En avril 1953, René Fallet, chroniqueur au " Canard" et romancier, entend à la radio " Le parapluie ", chanson d'un débutant qui vient juste de sortir son premier 78 tours. II file illico aux Trois Baudets, où se produit l'artiste, en revient ébaubi, et pond dans « Le Canard" (29/4/1953), sous le titre «Allez, Georges Brassens ! », un article qui commence ainsi :
« Il ressemble tout à la fois à défunt Staline, à Orson Welles, à un bûcheron calabrais, à un Wisigoth et à une paire de moustaches.
Cet arbre présentement planté sur la scène des Trois Baudets est timide, farouche, suant, mal embouché et gratte une guitare comme l'on secoue les grilles d'une prison.
Georges Brassens - "Le Canard", s'il ne le saluait pas, ne serait pas "Le Canard" - est un bon gros camion de routier lancé à toute berzingue sur les chemins de la Liberté. On souhaite à ce véhicule d'éviter jusqu'au bout les dangers de ces pavés d'or sur lesquels se sont déglingués tant de talents, tant de franchises. »
Et de noter que Brassens fait plus que déranger, il scandalise :
" Les trois quarts de ses chansons (les plus vaches) sont interdites à la radio. Ce n'est pas sur la chaîne parisienne que vous entendrez "Hécatombe", sombre histoire de gendarmes lapidés ("Moi, j'bichais car je les adore sous forme de macchabées", chante ce justicier) par les ménagères de Brive-la-Gaillarde, et qui se termine par ces mots :
"Ces furies, qu'à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas,
Leur auraient même coupé les choses
Par bonheur ils n'en avaient pas !" »
Notons qu'aujourd'hui encore des rappeurs se font condamner pour moins que ça : appeler à transformer les gendarmes en macchabées, les honnêtes gens n'aiment pas trop ...
« Cet homme est dangereux, conclut Fallet. C'est un poète, un drôle de client pour les roucouleurs. En avoir ou pas? Il a choisi. »
Fallet et Brassens deviendront amis à la vie à la mort. Et signeront, peu après le décès de Brel, qui déclenche un affreux déballage médiatique, ce pacte :
« Il est entendu entre René Fallet et moi-même qu'à la mort de l'un ou de l'autre le survivant se refusera catégoriquement - et quelles que puissent être les sommes proposées - de parler en public du "cher disparu".
Fait à Paris, le 24 novembre 1978. »
L'anar, le «foutrement moyenâgeux », le pornographe du phonographe est le (mauvais) sujet d'une (bonne) exposition à la
Cité de la musique, à Paris, du 15 mars au 21 août.
07:47 Écrit par Pataouete dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : brassens, fallet, expo brassens
28 mars 2011
Un relent de colonialisme ou le réveil de l'Occident Chrétien ?
Au déclenchement de la Révolution Tunisienne nous avons rêvé d'un printemps des Jasmins. Rapidement l'Egypte a enchainé. Dans les 2 cas, l'armée restant en retrait, le rôle d'Obama semble avoir été prédominant, les 2 dictateurs en place ont cédé. Cependant, ces 2 pays sont gouvernés par des gouvernements provisoires proche ou carrément militaire. Chacun ayant pour mission d'organiser des élections démocratiques. A suivre… mais sommes-nous encore assez attentifs ?
Il est vrai que, laissant un peu de coté l'Algérie et le Maroc, mais qu'en est-il vraiment, le mouvement est plutôt parti vers l'Est, le Yémen, Bahreïn, et désormais la Syrie ! Ces mouvements populaires, les répressions qui s'en sont suivis et leurs évolutions sont restées bien discrètes sur les ondes européennes. Il est vrai que les catastrophes en série japonaises ont, et c'est bien normal, occulté les révolutions.
Puis vint la Libye ! Grande hésitation du monde politico-économique, allons nous perdre tous nos repères, toutes nos bonnes relations amicales, politiques et intéressées avec ces pays pétroliers et touristiques qui accueillent nos dirigeants avec tant de courtoisie, courtoisie qu'on leurs rend aussitôt avec beaucoup d'effusions ?
Les premières idées étaient que ce soit les Pays Orientaux qui apportent leur aide aux révoltés. C'était la seule solution possible.
Les semaines passant, alors que les révoltés avaient atteint les portes de Tripoli, on tergiversait encore avec une demande de soutient des Occidentaux. Ce n'est que lorsque les troupes mercenaires de Kadhafi repoussèrent leurs assaillants menaçant de détruire Benghazi et grâce à notre super émissaire Bernard Henry Libye que le monde occidental et onusien se mit en route. Résultat, une résolution vague du Conseil de sécurité, une abstention sans véto de la Russie, la Chine, le Brésil et l'Allemagne. Les Unions africaines et arabes qui devaient participer ne bougent pas. C'est bien de nouveau, et cela dure depuis le XIXème siècle, les Occidentaux qui viennent au secours de ces pauvres Arabes bien incapables de se diriger eux-mêmes.
Pour couronner le tout, notre géant noir, désormais en première ligne qui lapsus sur la Croisade ! Nous voilà bien revenu au temps de l'Occident Chrétien ! Engagés dans un bourbier qui va bientôt ressembler à l'Irak ou à l'Afghanistan. Et pourquoi pas la Syrie, le Yémen, la Cote d'Ivoire, le Corée du Nord, la Bande de Gaza, j'en oublie et des dizaines ?
Le premier Droit des hommes est celui d'accorder à chaque peuple le droit de disposer de lui-même. L'oligarchie n'est pas démocratique. Et ce n'est pas l'exemple des pays du Nord qui permettra au Sud d'avancer vers la Démocratie Citoyenne. Ne serait-ce que l'exemple des taux d'abstentions démentiels et je pense aussi aux USA.
Au moment où je rédige cette note j'apprends les menaces de Kadhafi sur les puits de pétrole. Quelques minutes plus tard, Pfttt plus de trace sur le Oueb, Info ou Intox ?
07:41 Écrit par Pataouete dans Mes humeurs, Républiques citoyennes | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : libye, tunisie, egypte




